Maiko Takeda : force poétique

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S’épanouissant dans le vide qui flotte au dessus de la tête, l’oeuvre de Maiko Takeda dompte les lois de la nature. À l’image d’un double jeu identitaire, partagée entre logique et poésie elle attrape le regard, dissimule l’âme et laisse le corps s’exprimer par sa propre essence. L’enfant prodige de la chapellerie n’a pas encore quitté le nid de l’école que ses ailes se déploient déjà vers de hautes sphères – une rencontre avec Björk et Maiko sort de l’ombre, pour rejoindre la lumière. Découverte de celle qui n’a pas fini de flirter avec les éléments.

PASSION

« J’aime les chapeaux, ils ont le pouvoir de changer une personnalité. En couvrant la tête et les yeux, vous devenez quelqu’un d’autre. » Maiko quitte son Tokyo natal et s’envole vers Londres pour apprendre l’art de la chapellerie. Après avoir vécu dans une ville « avec peu d’immigration », elle commence une vie cosmopolite, où se mélangent les cultures et les styles. L’artiste japonaise s’en inspire et se dit « intéressée par tout ce qu’elle ne connait pas ». Après des études de Jewellery Design au Central Saint Martin College of Art elle passe actuellement son Master de Chapellerie au Royal College of Art. C’est aux côtés de Stephen Jones et Philip Treacy qu’elle apprend le métier. Bercée dans un pays où le chapeau est roi, son style est déjà bien trempé. Il appartient indéniablement à la famille de la mode mais se trouve des gênes communs au design et à la joaillerie.

ENVIRONNEMENT

Son art sculptural habille les espaces vides. Maiko fait flotter les corps dans une bulle dont elle définit elle même les limites. « Il y a tellement d’espace au dessus de la tête, j’ai eu envie de l’exploiter. ». Géométriques et sensorielles, ses collections trouvent écho à son amour pour « tout ce qui nous échappe, comme l’ombre, la lumière, la gravité et la fumée».

OEUVRE

Maiko souhaite créer un « drame irréel et subtil ». Porter ses créations, c’est se réinventer, vivre et partager un moment surréaliste. Plus que des simples acces- soires, les œuvres de Maiko prennent vie, interpellent, suscitent l’interrogation, une invitation magique à l’imagination. Sa première collection Cinematography (2009-2010) fait de l’ombre, un bijou. Chaque pièce est en métal, dans lequel l’artiste creuse des centaines de trous de tailles variables. Ils laissent passer la lumière pour dessiner sur la peau, un félin, un regard, une bouche ou encore des fleurs… des bijoux éphémères qui prennent vie dans un instant de clarté et finissent par mourir dans l’obscurité.

Cette année, Maiko Takeda sort sa collection Atmospheric Reentry qui rassemble des bijoux de tête, chapeaux, ornés d’étranges épines colorées. Les créations sont posées délicatement sur les têtes, les épaules, les yeux – neutralisant alors, toute personnalité. Le corps est livré à lui même. « Le visage et les yeux sont des parties du corps fortes de la personnalité, en les cachant derrière ces masques de pics, on peut apprécier ce que dégage le corps sans elles. La personnalité se transforme radicalement » . Un travail aux deux visages, logique et impactant, fragile et poétique. « Contrairement à leur aspect tranchant, les pics sont très agréables à porter et flexibles. Mon ambition était de créer un effet visuel surprenant.» Réalisés en milliers de pics d’acétate imprimés, tout est fait par les petites mains de l’artiste. « Sauf quelques pièces faites par des machines ».

Le travail minutieux que nous livre l’artiste emporte le spectateur vers de multiples interprétations. Ces pics seraient un clin d’oeil à la protection instinctive et animale du corps face à l’environne- ment, à l’image d’un hérisson ? Est-ce une séance d’acupuncture exagérée ? Hellraiser ? L’artiste a déjà tout entendu et en est ravie. Elle cherche à ce que le spectateur écrive lui-même l’histoire de ces drôles de chapeaux.

Futuriste et électrique Atmospheric Reentry fait littéralement fondre Björk , qui lui passe commande pour sa tournée Biophilia. La carrière de Maiko Takeda s’échauffe. « J’étais honorée d’avoir l’opportunité de travailler avec Björk. Notre rencontre s’est passée de manière très organique, elle a été une source d’inspiration et d’encouragements. Je l’ai vu sur scène à Dublin. J’ai été témoin de sa performance, et elle portait mon travail… c’est un sentiment indescriptible ! J’espère pouvoir partager plus de projets avec elle à l’avenir. »

Suite à cette collaboration, le British Fashion Council lui commande une collection pour le printemps / été 2014 – exposée en septembre dernier à Londres. Chaque création est une expérience sensorielle à vivre et à admirer. Un bal des éléments, auquel Maiko Takeda mène la danse.

http://www.maikotakeda.com

Emilie FISCHER

( Article publié dans le magazine RAISE – Body Issue )

Photo: Bryan Huynh

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