On Aura Tout Vu !

Capture d’écran 2014-11-15 à 16.33.36Depuis seize ans, Livia Stoianova et Yassen Samouilov bercent la mode de contradictions jusqu’à s’y perdre : le vrai, le faux, le bien, le mal, l’un ne prend vie que dans l’existence de son autre. L’ombre et la lumière s’invitent dans la collection printemps été 2014 « Light & Shadow » de la maison. Inattendues, les créations sont brillantes, parsemées de pierres et de strass.        Un bal de détails finement maîtrisés. Une dernière danse avec la nuit, et la lumière se fait reine des podiums. Rencontre avec ce duo d’optimistes qui, dans une tension électrique, se joue des règles et impose son monde féerique.

ATELIER & DÉCOR

« Ils sont jaloux, car l’attention n’est pas sur eux ! » déclare en riant Livia. Leurs canaris, dans une cage à l’effigie de la maison, s’en donnent à cœur joie. Non loin d’eux, une robe en fourchettes, un bustier orné de pierres rouges, des tiroirs remplis de bijoux plus brillants les uns que les autres. Au sous-sol, c’est l’atelier. Là où les petites mains s’activent pour restaurer d’anciennes créations « Nous participons à une exposition à la Cité Internationale de la Dentelle et de la Mode à Calais à partir de juin », précise Yassen. Les murs transpirent l’amour de la création, un brin excentrique. Mais Livia précise « L’excentricité de Yassen et moi se trouve dans l’obstination, celle d’aboutir au rêve. Cela dure depuis 16 ans. »

Un travail en duo, une histoire d’amitié profonde construite sur des valeurs, de la confiance et une inspiration mutuelle.

HISTOIRE

L’histoire commence en 1995 et devient On aura tout vu en 1998. Au début, le duo était trio, en collaboration avec André de sà Pessoa. À cette époque, la maison se positionne en tant que « créateurs d’accessoires » pour de grandes maisons : broderie, boutons, décors… Sa particularité tient dans son audace et son savoir-faire. Yassen explique « En pleine vague japonisante et minimaliste, nous nous positionnions de manière complètement différente et de façon atypique. On faisait un travail expérimental, on était les seuls à proposer des boutons rouillés ou en sable par exemple. » Avec une maîtrise totale de leur art, le succès de la maison s’envole avec des collaborations pour Christian Lacroix, Dior, Givenchy, Yves Saint Laurent….        En 2002, l’envie d’aller plus loin et de se lancer dans la couture s’impose, avec un parti pris ludique et humoristique qui semblait être assez « perturbateur ».

« L’humour, en mode, perturbe, on doit être élégant mais faire rire est assez délicat. On aime ou on déteste mais au moins, on parle de nous ! ». La maison détourne même des objets de la vie quotidienne : objets de design, de maison, de beauté, en les habillant de gros cailloux et de multiples strass qui attirent la lumière. La maison de couture autogé- rée collabore également avec des sociétés comme Caron Parfums et le Moulin Rouge sans perdre pour autant son identité « ça brille toujours ! ».

VISION DE ON AURA TOUT VU

Tiraillés entre les extrêmes, Livia et Yassen se disent eux-mêmes « hyperréalistes et fantaisistes à la fois ».
« Notre but est de transmettre une idée, un concept. Et c’est ce thème qui guide l’esthétique dans le but de délivrer un mes- sage. ». Les créations gravitent autour du thème, imposé comme un fil conducteur.           Les créateurs ne suivent pas les carnets de tendance « Ces tendances sont faites pour être dépassées ! Notre rôle est d’être force de propositions ». S’interrogant constamment sur les opposés qui sont de plus en plus marqués dans notre société, ils se jouent des contradictions jusqu’à semer le trouble… Lors de leur défilé printemps été 2014, les célèbres mariés ouvrent cette fois le show. Pour finir, la lumière s’éteint et l’obscurité laisse deviner des sil- houettes, illuminées. Il aura fallu pas moins de 12.000 pièces de résine, 40 mètres de LED et 5.000 cristaux rebrodés pour réa- liser cette collection. « Nous ne sommes pas les premiers à incorporer des LED et fibres optiques dans des vêtements, mais certainement précurseurs pour la couture.» Cette passion démesurée pour les technologies, le duo ne s’en cache pas. « Nous sommes émerveillés par ces nouveautés technologiques, nous avons récemment entendu parlé d’un facetime qui pourrait envoyer des odeurs… et c’est ce genre d’évolutions qui nous passionnent, jusqu’où iront nous ? » Futuristes On aura tout vu ? Oui, mais pas que. Le miroir rétro face à eux, qui s’écaille sous l’effet du temps, les fascine tout autant…

ÉMERVEILLEMENT

Quand Livia et Yassen se mettent à rêver d’une ville On aura tout vu, celle-ci se donne des allures scintillantes : « Elle serait à l’image de l’univers de Tim Burton, qui nous inspire énormément… Il y aurait beaucoup de cristal… On supprimerait les catégories sociales, qui définissent les moyens et non l’esthétique… Le PIB serait comme au Royaume du Bhoutan : le bonheur… Alors oui, c’est excessif… car nous voulons tout en même temps »

L’émerveillement est leur part d’inspiration première. « À Paris, on se gêne pour applaudir, dans les pays émergents, on a soif de créativité, il y a un fort potentiel… C’est pour cela qu’on crée, car on se laisse émerveiller encore et encore… c’est notre côté enfant, qui doit absolument rester éveillé… Ce qui est certain, c’est que dans notre monde à nous, il y aura plus de lumière que d’ombre. »

Emilie FISCHER

( Article paru dans le magazine RAISE Light Issue )

Photo : Quentin Legallo

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