Jazz & mode

Cover picture:  © David Hart New-York 

Sujet issu de la conférence de Lucas Delattre, Chargé des enseignements liés à la communication, aux médias et au digital à l’IFM & passionné de Jazz –Institut Français de la Mode.

Cœur de la culture populaire entre 1920 et 1970, le jazz a aujourd’hui une réputation quelque peu désuète. Mais même s’il n’est plus à la mode, il défie le temps et inspire la société d’une façon plus subtile, semant la force de ses codes et revendications dans de multiples secteurs, parfois insoupçonnés. 


Le sujet

Au début de ses recherches, Lucas Delattre se pose la question du non-sujet. «Ain’t got no home, no perfume, no skirts…» A en croire les paroles de Nina Simone, à voir certains looks de Louis Amstrong (en studio avec Ella Fitzgerald, 1957) ou encore de John Coltrane, on comprend (trop) rapidement que la mode n’est pas leur priorité. Seulement, d’autres musiciens ont été tout au long de leur vie extrêmement soucieux de leur apparence et le vêtement n’a jamais cessé d’être un pilier de l’attitude du jazzman. Ils se retrouvent même à faire scène commune:  les défilés de Marie Quant dans les années 60 étaient ambiancés de jazz.  Elle était mariée au trompettiste amateur Alexander Plunket-Greene – un personnage extravagant, qui empruntait des pantalons à sa mère, forcément trop courts, des hauts de pyjama en soie, et se dessinait des boutons de chemise sur le torse. Le sujet existe donc vraiment.

La citation de Wynton Marsalis  «When people dress well, they play well » prend ici, tout son sens. 

Lucas Delattre nous démontre à travers de nombreuses références,comment cette musique influence aujourd’hui la mode, la parfumerie, le graphisme, et bien plus encore.

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Ella Fitzgerald et Louis Amstrong ©Phil Stern
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Mary Quant et Alexander Plunket-Greene ©Brian Duffy

Moments de mode dans le jazz  

Miles Davis et ses célèbres looks de dandy est la preuve du lien indéniable entre jazz et mode. Il a même défilé avec Andy Warhol en 1987 pour le créateur japonais Kohshin Satoh. Il exhibait avec fierté sa Ferrari rouge, symbole ultime de réussite sociale. Il ouvre sa garde-robe au photographe Anthony Barboza en 1971. Chet Baker et Duke Ellington sont toujours des icônes inspirant les marques et magazines. Certains supports de mode ou e-shops proposent des tenues jazz inspirées de ces deux figures. (chapeau, blazer, pantalon, chaussures, lunettes…)

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Miles Davis @Anthony Barboza

Plusieurs moment de mode ponctuent l’histoire du Jazz et un dresscode se dessine. La tenue devient parfois aussi importante que la musique. Classique ou excentrique, le souci du détail et l’élégance sont toujours au rendez-vous. Parmi les pièces indispensables des jazzmen, on trouve beaucoup de manteaux de fourrure, le chapeau de Lester Young (pork pie hat) ou le chapeau plié à la Sinatra, le costume « Zoot Suit », le camélia glissé dans les cheveux de Billie Holliday, les mains gantées des chanteuses, à l’image d’Anita O’Day.

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Le jazz, une attitude

Lucas Delattre va encore plus loin. Il prouve qu’au-delà du vêtement, le jazz est une attitude.  Barack Obama a typiquement un style influencé par le jazz. Il est âgé de 9 ans quand son père l’invite à un concert de Dave Brubeck. Il raconte son histoire d’amour avec la musique et l’importance de cette culture dans sa vie, avec une manière de s’adresser au public héritée de ces racines, et notamment de Miles Davis.

Le jazz a son vocabulaire, sa gestuelle (un brin mauvais garçon) et même une façon spécifique de tenir une cigarette : entre le majeur et l’annulaire.


Le jazz aujourd’hui, subtilement dosé 

Aujourd’hui, le jazz qui n’est plus à la mode, continue de l’influencer sous différentes formes.  Rappelez-vous la campagne Chanel en 2009 avec Audrey Tautou sur « I’m a fool to want you» – tournée à Istanbul dans l’Orient Express. L’ambiance est complètement Jazzy.

Yves Saint Laurent crée un parfum «Jazz» dans les années 80, Martin Margiela son parfum Replica «Jazz club» et Serge Lutens et «Une voix noire» – en référence au Gardenia de Billie Holliday… (Entre autres multiples références au jazz dans les secteurs du luxe. ) Aujourd’hui, le jazz se réincarne.

Mode, parfumerie, graphisme avec les designs réinterprétés de Reid Miles et David Stone Martin. Le jazz s’empare des couvertures de magazines (comme Pitchfork tout récemment) et des créateurs en font même leur inspiration première.

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©The Pitchfork Review

Petites marques contemporaines & figures Jazzy
Claritone est une marque de maroquinerie parisienne, créée par Marie-Caroline Selmer. Elle est l’héritière de la famille Selmer, fabricants des célèbres saxophones haut de gamme à Paris, depuis 1885. Claritone décline les codes du jazz sur des pochettes et sacs.

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claritone-paris.com


Monsieur Lacenaire a lancé «Jazzocratie», sa collection printemps-été 2016. Le créateur français rend ainsi hommage à Reid Miles, le célèbre graphiste des pochettes Blue Note. Pour l’occasion – la marque a enregistré son propre album de jazz dans un studio mythique de Saint-Germain- des-Prés.

 monsieurlacenaire.com


David Hart, créateur de mode de New York saupoudre les inspirations Blue Note dans des créations au juste équilibre entre rétro et contemporain. Il revient sur des classiques  des années jazz et les modernise avec élégance.

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©David Hart website

davidhartnyc.com

Bien entendu, cette courte liste n’est qu’une infime partie des marques de culture jazz.

La scène musicale certes bien que plus discrète, se renouvelle et noue des liens forts avec la mode. A l’image d’Esperanza Spalding, l’exemple parfait de l’influence mutuelle de deux langages du corps. Karl Lagerfeld définit son style de «hardi, élégant, perçant» – Quand elle n’est pas sur scène, on la retrouve dans les pages du magazine Vogue. Autre star de la musique : Kamasi Washington, le saxophoniste de Los Angeles mêle allègrement jazz et hip hop, et joue aussi bien avec des jazzmen purs et durs qu’avec Kendrick Lamar.


On le croyait mort et enterré mais le jazz est partout. Si la musique baisse le volume, ses notes sont toujours dans l’air du temps. Il sera toujours la nuit, le chic ultime et une musique de passionnés. Le père bienveillant, amusant, et séduisant de nouvelles générations musicales toujours en mouvement, sans jamais cesser de puiser aux racines des musiques noires. 

Emilie FISCHER


 

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