Richard Orlinski, hors du cadre

Il mène une course effrénée contre le temps, rythmée par son imagination infinie. Richard Orlinski ne rêve plus. Il est dans l’action. Avec son art accessible et ouvert, il casse les codes et avance hors du cadre. Le petit garçon précoce apeuré par la mort façonne aujourd’hui sa révolte intérieure en trois dimensions. Le sculpteur se joue de la matière, de la transparence et des couleurs, métamorphose la violence en esthétisme et donne vie à des œuvres majestueuses. Si Richard Orlinski brille au sommet, c’est au cœur de son appartement parisien qu’il partage sa vision de l’art. Il interrompt l’interview pour embrasser un de ses fils rentré de l’école. A cet instant, l’artiste français le plus vendu au monde laisse place au père: le rôle de sa vie.

Richard Orlinski, que ressentez-vous à l’idée d’être l’artiste français le plus vendu au monde ?

C’est une reconnaissance, mais pas un aboutissement. La vraie récompense du travail au delà des médailles, c’est ce que je partage avec mon public. Quand des jeunes sont attirés par ce que je véhicule, quand des étudiants me prennent comme sujet de travaux de fin d’année, quand mon art plait à des personnes qui deviennent collectionneurs pour la première fois grâce à une de mes oeuvres, j’en tire une grande fierté. Et ce, bien plus que n’importe quel titre.

Vous êtes né à Paris et y vivez toujours. Pensez-vous avoir un rôle d’«ambassadeur» de la France ?

Oui absolument. Au niveau mondial, la France est mal placée sur le marché de l’art. Comme je suis un des rares artistes français à avoir une couverture internationale, j’essaie de faire rayonner la France à l’étranger mais ce n’est pas simple, les pays sont très protectionnistes.

Que reprochez-vous à la France en matière d’art ?

La France est le seul pays à dénigrer ses artistes et à soutenir les talents étrangers. L’art en France est un petit milieu d’intellectuels bien pensants et très fermé. Ils doivent se dire que c’est bien plus classe d’exposer un artiste russe, indien ou chinois, plutôt que de défendre les leurs. Aucun artiste français n’a exposé aux Champs Elysées, pas même Arman et César qui font partie des plus grands artistes contemporains! Par contre on a fait venir le colombien Fernando Botero, entre autres.

Pensez-vous que ce dénigrement soit la conséquence de choix politiques ?

Non, c’est un comportement très Français, un French Bashing, une sorte de snobisme qui ne date pas d’hier. Le constat est là, rien n’est fait, mais je pense que ça changera. D’ailleurs, un vent de renouveau est en train de souffler.

Qu’est-ce qui vous émerveille encore en France ?

Je suis un fan inconditionnel de la France. Tous mes amis me disent qu’il faut partir, notamment à cause de la pression fiscale, mais je suis profondément attaché à mon pays. Je suis heureux d’avoir cette liberté de voyager, mais quel bonheur de retrouver les quais de Seine et l’architecture de Paris. Je suis très parisien, c’est mon complexe, mais chaque ville a sa particularité. Il existe encore des possibilités incroyables. Nous avons la chance d’avoir une vraie histoire, une vraie culture et un vrai savoir-vivre.

Quelle est votre définition de l’art ?

L’art est universel et concerne l’écriture, la musique, la danse, la peinture, la sculpture, l’art culinaire… pour moi, toutes les formes d’art ne font qu’un. Prendre un crayon, oser, avoir le courage de proposer quelque chose, c’est déjà de l’art et ce, peu importe le niveau ou les cotes du marché.

« L’art est universel »

Quelle est votre philosophie de travail ?

La démocratisation de l’art est une valeur essentielle. Mes sculptures sont accessibles et lisibles immédiatement, c’est pourquoi elles plaisent beaucoup aux enfants! Je fais un art ouvert que je partage avec le plus grand nombre. Je n’hésite pas à faire des ponts entre les domaines. J’expose au Festival de Cannes, sur les plateaux de télévision: The Voice, NRJ Music Awards… Je m’offre la liberté de faire ce que j’ai envie et j’essaie de bien le faire. Donner aux causes qui me touchent fait aussi partie de ma philosophie. Le partage est présent dès le processus de création et ce, jusqu’à l’exposition de l’oeuvre.

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Vous bousculez les codes de l’art, mais quelles critiques recevez-vous exactement ?

Il ne faut pas chercher bien loin: en France on reproche la réussite. Dans l’art, il faut être maudit, ne pas être connu de son vivant, ne pas faire de commercial… Je fais un art accessible, je vends en France et à l’étranger et ça dérange ! Au début de ma carrière surtout, on disait que j’étais un phénomène de mode mais six ans après je suis toujours là. C’est une belle revanche! On critique aussi le fait que je ne sois pas issu d’un cursus d’art traditionnel. Aujourd’hui je me retrouve jury et sponsor de la très prestigieuse Saint Martins School de Londres. Pour l’anecdote, les Beaux Arts de Paris ont refusé mon aide. Enfin, on n’apprécie pas que je sois multi-étiquettes, que je fréquente des gens du cinéma, de la télévision, de la musique. Mais face à mon public que j’aime et qui me suit, c’est un épiphénomène.

Comment vivez-vous la critique ?

Les critiques étaient très violentes à mes débuts, mais elles se sont calmées. Beaucoup ont même changé d’avis sur moi. J’étais très surpris, car l’année dernière le Ministère de la Culture a communiqué sur les réseaux sociaux: «Richard Orlinski, l’un des artistes les plus prisés du moment, expose à ciel ouvert gratuitement sur les sommets de Courchevel» – Il y a quatre ans, j’aurais sauté au plafond. Aujourd’hui je suis plus distant, bien sûr, ça fait plaisir, mais je n’oublie pas que j’ai dû me débrouiller seul. J’ai pris beaucoup de coups, je ne dis pas que je les ai rendus mais j’ai avancé. Ma différence, c’est d’avoir une mentalité à l’américaine. Je ne suis ni envieux, ni aigri: quand je vois quelqu’un réussir, ça me motive pour faire pareil. Même si je suis critiqué, je m’aperçois qu’on me donne raison car mes œuvres sont très appréciées par le plus grand nombre. Mon pari est alors réussi.

« J’ai pris beaucoup de coups, je ne dis pas que je les ai rendus mais j’ai avancé. »

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Quel est votre processus de création ?

J’ai 12.000 idées par nuit, je ne dors pas beaucoup ! J’en retiens quelques unes et j’essaie de les mettre en application le plus rapidement possible. Mes tiroirs sont pleins, j’ai de quoi créer j’espère pendant plusieurs centaines d’années ! Mais je ne travaille pas seul, je m’entoure d’une équipe avec laquelle je partage beaucoup.

D’où vous vient votre inspiration ?

Elle vient de partout ! Je m’inspire des maîtres comme Andy Warhol, Keith Haring ou encore Roy Lichtenstein qui ont bousculé la scène artistique. Mais aussi de mon vécu, de mon environnement, de l’industrie, de l’histoire de France, des différentes guerres et de la violence.

Parlons de vos animaux féroces, d’où viennent-ils et que racontent-il ?

Je travaille l’instinct animal et la nature humaine. Mon bestiaire met en scène mon concept « Born Wild ». Je transforme cette violence en esthétisme, une pulsion négative en sentiment positif. Je rééquilibre la nature comme je la pense. Mes animaux ont des proportions parfaites. Mon crocodile ne ressemble pas du tout au vrai, sa queue, son corps et sa gueule ont les mêmes dimensions. Toujours en action, en mouvement et sans socle, mes sculptures sont très expressives. Je suis fasciné par les bêtes féroces et je n’ai pas de limite puisque je m’apprête à créer un T-Rex ! Le message que je souhaite faire passer, c’est que l’homme tue pour un oui ou pour un non. Les animaux eux, ont toujours une raison vitale. L’homme a toujours voulu dominer l’animal, je veux montrer à quel point nous avons à apprendre d’eux.

 

Vos animaux ont fait votre succès mais vous avez dans votre répertoire d’autres pièces iconiques, inspirées de l’histoire, racontez-moi.

Je suis inspiré de Pop Culture, je réinterprète des accessoires et personnages mythiques comme le Perfecto, le Stiletto, le Jean, Superman ou King Kong. Si je joue sur les transparences, les couleurs, c’est pour faire deviner la sensualité du corps. Mais ces pièces traduisent aussi une interrogation sur notre histoire, les guerres et notamment la guerre froide, le communisme, la pression des deux blocs, la société de consommation. Ces sujets ont été passionnants pour moi pendant mon adolescence et il me parlent encore aujourd’hui.

Vos œuvres sont colorées, parfois transparentes ou ajourées, quels matériaux utilisez-vous ?

Mes matériaux de prédilection sont contemporains: l’inox, l’aluminium, tous les dérivés de la pétrochimie, la résine, les polyrésines, les polymères. Je suis fou de nouvelles technologies et m’intéresse aux alliages innovants. Je teste avec mon équipe des matériaux composites très complexes parfois même pendant des années, sans garantie de réussite. J’aime aussi le marbre, l’onyx, le cristal de roche, le bois pétrifié, que j’ai découvert grâce à un marbrier en Italie. Je travaille l’or, l’agent, le diamant… et même le chocolat! Ouvert à toutes les possibilités, je m’émerveille comme un enfant, j’aime les défis, je suis une tête brûlée et je fonce!

Vous soutenez plusieurs œuvres caritatives à travers votre art, quelles-sont-elles ?

J’aide en priorité les enfants, j’organise notamment des ateliers dans les hôpitaux. A travers mon bestiaire, je donne aussi à la cause animale. Je suis également révolté par les derniers événements. Après les attentats du 13 novembre, j’ai créé «Wild Kong» dans le cadre du projet riposte.paris. Ce King Kong bleu blanc rouge a été transporté dans toute la capitale pendant un mois, pour fédérer le plus de personnes autour de lui, puis revendu au profit des victimes. Avant cela, j’ai offert un grand crayon à la rédaction de Charlie Hebdo. On ne peut pas donner à tout le monde, mais comme j’ai la tribune, j’en profite pour aider ces causes qui me tiennent à cœur, avec mes petits moyens à l’échelle du monde.

Quelle est votre actualité côté sculpture ?

J’ai exposé tout l’été dans le très joli Domaine de Chamarande, dans l’Essonne. Jusqu’au 15 novembre je serai au Village Royal à Paris. Avec le groupe Poch, propriétaire des lieux, nous installons des sculptures monumentales qui vont occuper l’espace, je vais faire bouger cet endroit merveilleux mais caché et très peu connu des Parisiens. « Village Royal by Richard Orlinski » sera un événement récurrent. En décembre, je serai le seul artiste français à participer au projet No Commission organisé par Swizz Beatz, le mari d’Alicia Keys, dans le cadre de l’Art Basel de Miami. Et en plus de ces rendez-vous, en janvier prochain se déroule le Festival du film de comédie de l’Alpe d’Huez qui fête ses vingt ans et dont je suis chargé de réaliser les trophées.

« La musique est un de mes amours de toujours! »

Et en musique ?                                                                                                                                                  

La musique est un de mes amours de toujours!  J’ai joué à la Nuit Blanche de Colmar le 13 août dernier, j’ai mixé un set de 35 minutes devant 12.000 personnes. Je viens de sortir un single avec Eva Simons « Heartbeat Sound ».  J’aime l’univers Electro-Pop, Deep House, mais suis ouvert à toutes les propositions musicales. On m’a également proposé de participer à un collectif d’artistes, j’en suis très flatté! Le but est de créer un groupe composé de stars internationales et de les amener hors de leurs styles, là où on ne les attend pas. Je suis heureux que mon oreille musicale soit reconnue et j’y apporte mon art, puisque ma sculpture sera mise en scène, créant tout un univers… A suivre…

 

Il paraît que nous allons vous retrouver bientôt sur le grand écran ?

Exactement. En janvier 2017, je vais tourner dans un film, «Les Éffarés», écrit par Francis Renaud et co-produit par Olivier Marchal. On me retrouvera aux côtés de Guillaume Gouix et Béatrice Dalle. C’est une version moderne de la rencontre de Rimbaud et Verlaine, j’y joue le rôle du curé!

 

Qu’est-ce que le luxe pour vous ?

J’ai les pieds sur terre, je connais la valeur de l’argent. Adolescent, je n’avais pas de quoi me payer une place de cinéma. C’est vrai que quand j’ai commencé à en gagner, j’ai tout dépensé pour m’acheter une Porsche, un rêve d’enfant. J’en rigole aujourd’hui mais je voulais absolument posséder les codes. Aujourd’hui, je sais que le luxe ce n’est pas ça. Ce n’est pas un prix, c’est la qualité, l’esthétique, la beauté. C’est aussi la facilité de pouvoir prendre un avion et partir au bout du monde. Je m’en fou de posséder les choses, ce qui est intéressant dans le luxe, c’est la liberté.

« Jamais je n’aurais pensé avoir cette vie là, mais ce dont je suis sûr, c’est que j’ai toujours voulu être père, c’était inscrit dans mon ADN. »

Quel est votre moteur ?

Quand j’étais jeune et que ma mère tentait de panser mes angoisses elle me disait « Il faudrait que tu laisses une empreinte, ce serait bon pour toi ». Alors j’ai beaucoup travaillé, j’ai crée des événements et les gens sont venus me chercher. Jamais je n’aurais pensé avoir cette vie là, mais ce dont je suis sûr, c’est que j’ai toujours voulu être père, c’était inscrit dans mon ADN. La chose la plus importante pour moi, c’est ma famille. J’ai quatre enfants, ils sont ma force, mon moteur, et passent bien avant tout ce dont je vous ai parlé dans l’interview. Ils sont discrets mais je sais qu’au fond ils sont fiers de moi. Et je suis encore plus fiers d’eux.

Interview : EMILIE FISCHER

Photos Richard Orlinski ©Richard Orlinski

( Article publié dans le magazine Entre Luxe & Prestige, septembre 2016 )

www.richardorlinski.fr

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